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Nature and culture: an aesthetic of non-separation

My works, all at once critical and poetical, question the concepts of nature and culture and more specifically, the relationship between humans and nature, through the notion of « non-separation » and metamorphosis. In an allegorical and metaphorical representation, my drawings show living beings (humans, animals and plants) undergoing a metamorphosis. The unpredictable chimeras born from this union are wonderful and yet disturbing. My art is about a world where boundaries, already blurred, tend to disappear, where humans search for their lost animality that a French philosopher talks about: Georges Bataille, through the study of the Lascaux caves (Grottes de Lascaux, where the humans are represented with animal heads).
I am sometimes inspired by tales, mythology, religion or vanities, or sometimes more familiar images, even personal childhood memories; personal but always open to diverse readings of the world.

My drawings, themselves at the border of painting, are part of a figurative tradition that I fully accept. Beyond the metaphor, I attempt to convey through pictures what becoming-other (« devenirs-autres ») means - through fusion and repulsion, in the water and the ink of the washdrawing, playing with drips and spots, appearing on the paper with control or at random, mixing transparencies to subtle colors. I usually draw on the paper laid flat before me, and then hang it vertically. in order to use the help of gravity. The BIC pen, this everyday cheap item, mingles with the ink. Jan Fabre was certainly one on the first artists to use this low-cost technique in his series « Blue hour ». I love this drawing tool all at once for its incisive and precise aspect, its variety of nuances and its soft texture. It contrasts with the evanescent beauty of watercolor.
The philosopher Gaston Bachelard wrote in his book Water and dreams that “water cannot be circumscribed and remains mysterious”. This obsession for drips conveys this idea but nevertheless when I fill the geometrical shapes of the drawings I try to contain this matter. The free water becomes sleeping water then but remains a feminine element, and somehow melancholic in all my work. I have put together geometrical figures such as the polyhedron, the square (or the cube, its three-dimensional form) and the cross with the animal figures to represent men and their constructions i.e. culture. Culture is dissociated from nature in the Westerner’s mind but this dissociation is called into question by two grand anthropologists: Descola and Viveiros.

Living, dead or still, from the Lascaux cave paintings to the performances of Marion Laval-Jeantet and Benoit Mangin, or from Matthew Barney’s videos to Louise Bourgeois’ sculptures, the animal is in the center of artistic and political concerns.

As many artists, fascinated by the animal figure, my interest and my attachment towards it began during childhood and pervades my everyday life. Thanks to ethology, the way we consider animals has evolved. It concerns politicians with the concepts of ecology and sustainable development. Some people are scandalized by the sanitary conditions and deplorable ethics of animal breeding and slaughter, some fight against poaching and any physical violence inflicted to animals.

Some people are creating laws in order to give them rights. Animals were still recently regarded as objects as well as pieces of furniture. A new legal text has been voted in France by the Parliament, defining the animal as a sensitive being and thus giving it some rights. The animal is also at the center of medical (transplantation, therapy assistance), philosophical and artistic concerns. The animal is a subject as old as humanity which has been represented by all the civilizations and through many techniques. The contemporary artist leaves the comfort of this representation to highlight the porosity of the human-animal border. Today, in our technological civilizations whereas the animal, technical or agricultural, disappears, men have never needed it so much: Ecological concerns, philosophical, medical needs, search for alterity, source of comfort, security, admiration and affection.

Metaphor or symbol, the animal has appeared in art like a moral mirror proposed to man. Since the 20th century these borders open and it seems from now on that for many artists the inner truth of man can only be conveyed by animals. Could the animal-human metamorphosis be a way for the artist to find this inner truth? Georges Bataille thinks that the prehistoric animal figures painted in Lascaux meant to answer the question: what is man? And the answer would be: man is the murderer of his own animality and this murder is achieved by art.

On the contrary of man’s lost animality because of culture, anthropologists Descola and Viveiros or Dominique Lestel, philosopher and ethologist invite us to reconsider the opposition between nature and culture , “to become aware of the plurality of the cultures among creatures of very different species”. Abolishing this opposition may sound utopian, but art makes it possible because artwork makes the artist a potential demiurge. And despite the limits that man strove to set up between him and the other animals, he feels a true attraction even obsession for “this other”, and is caught between fascination and incomprehension. The artist has the power to create an alternate world of non-separation and the duty to raise the audience awareness. 

 

 

 

 

Mue-temps ou Les mondes du vivant : Une esthétique de la non-séparation 

    

A la fois critique et poétique, le travail de Juliette Choné interroge les limites entre nature et culture, et plus spécifiquement la relation qu’entretient l’homme à la nature, à travers une esthétique de la non séparation et de la métamorphose. Dans une représentation allégorique et métaphorique, ses dessins convoquent le végétal, l’humain et surtout l’animal, dans un devenir en mutation. D’imprévisibles êtres chimériques naissent de ces rencontres à la limite du merveilleux et de l’inquiétant dans un monde où les frontières, déjà poreuses, tendent à disparaitre, où l’humain cherche son animalité perdue. Les règnes sont abolis dans une refonte du temps et de la nature et donnent à voir tantôt des maternités fabuleuses inspirées des contes et des mythes, tantôt des images plus familières, plus intimes, puisées dans les souvenirs de l’enfance. mais ouvrant toujours à de multiples lectures sur le monde.

Ces dessins, eux-mêmes à la frontière de la peinture, s’inscrivent dans une tradition figurative qu’elle assume pleinement. Au delà de la métaphore, elle tente de traduire les devenirs-autres dans le processus pictural à travers la fusion et la répulsion, dans l’eau et le liquide du lavis, jouant de coulures, de tâches, maîtrisées ou fruit du hasard, mêlant transparences aux couleurs sensibles. Ce processus lui impose de travailler à plat puis de mettre à la verticale le papier supportant les couleurs. Elle affectionne également le stylo BIC bleu pour son aspect incisif, précis, sa variété de nuances et sa douceur de texture qui vient créer une rupture avec la poésie du lavis.

Comme beaucoup d’artistes se préoccupant du vivant et plus particulièrement de la figure animale,son intérêt et son attachement à celle-ci est né de l’enfance et se perpétue dans son quotidien. 

Aujourd’hui, grâce à l’éthologie, le regard qu’on porte à l’animal s’est enrichi. Il intéresse le politique autour des notions d’écologie et de développement durable. On se scandalise des conditions sanitaires et éthiques déplorables des élevages et de l’abattage, on lutte contre le braconnage et toute atteinte physique à l’animal. On crée des lois pour lui donner des droits. Encore récemment considéré comme un objet au même titre qu’un meuble, un nouveau texte de loi a été voté au Parlement statuant l’animal comme un être sensible et lui conférant ainsi les droits qui lui incombent. Mais il est aussi au cœur d’une actualité médicale (transplantation, aide à la thérapie), philosophique et artistique. Un sujet «vieux comme le monde» qui a été représenté dans toutes les civilisations et à travers toutes les techniques. L’artiste contemporain sort du confort de cette représentation pour mettre en exergue la porosité de ces frontières et le non fondé de celles-ci. Car il est une évidence aujourd’hui, alors que l’animal technique, agricole, disparaît de nos civilisations technologiques, l’homme n’a jamais eu tant besoin de lui : préoccupations écologiques, philosophiques, besoins médicaux, recherche d’altérité, source de réconfort, de fierté, de sécurité, d’admiration et d’affection. 

Métaphore ou symbole, l’animal est apparu dans l’art comme un miroir moral proposé à l’homme. Depuis le XXème siècle ces frontières s’ouvrent et il semble désormais que pour l’artiste la vérité même de l’homme ne puisse être traduite que par le truchement de l’animal. On peut se demander si la métamorphose serait la solution à cette part de l’autre. Part d’animalité que nous aurions perdu selon Bataille avec le travail, l’art et la culture en se créant des besoins et des désirs.
Bataille pense que les figures animalières préhistoriques auraient pour fonction de répondre à la question: qu’est-ce qu’un homme ? La réponse serait : l’homme est l’animal assassin de sa propre animalité et cet assassinat c’est l’art qui l’accomplit.

A contrario d’une animalité perdue chez l’homme par la culture, on peut se demander avec la conviction de Dominique Lestel, philosophe et éthologue, comment ne plus penser la culture en opposition à la nature « mais prendre conscience de la pluralité des cultures chez des créatures d’espèces très différentes. «Un monde utopiste, certes, mais possible dans le monde de la représentation et de la création. Car l’oeuvre d’art fait de l’artiste un démiurge potentiel. Et malgré les limites que l’homme s’est évertué à ériger entre lui et les autres animaux, il ressent une véritable attirance voire obsession pour « cet autre », toujours entre fascination et incompréhension. A supposer que c’est l’art qui a assassiné notre part d’animalité, c’est aussi l’art et l’artiste qui ont le pouvoir de créer ce monde alternatif de non-séparation.

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